Comprendre l'immobilier de santé : pourquoi la "data" est devenue un actif clé ?

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La spécificité du marché de l’immobilier de santé et de ses différents segments implique d’être en mesure de rassembler, structurer et d’analyser un volume important de données pour investir en toute connaissance de cause, au risque de passer à côté d’opportunités majeures.

L’immobilier de santé s’impose progressivement comme une classe d’actifs incontournable, de plus en plus recherchée par les investisseurs institutionnels. Cette dynamique est particulièrement marquée aux États-Unis et en Europe, où la hausse structurelle des besoins médicaux et le renforcement des investissements dans les infrastructures de soins soutiennent une demande structurelle de long terme. Les dépenses de santé représentent près de 18%(1) du PIB aux États-Unis et environ 10%(2) en moyenne en Europe, avec d’importantes disparités entre les pays.

Dans ce contexte, l’immobilier de santé offre de nombreuses opportunités aux investisseurs en quête d’actifs spécialisés. Aux États-Unis, cette dynamique est particulièrement avancée : les sociétés d’investissement cotées spécialisées dans ce secteur (Healthcare REITs(3) ) représentent environ 13,8%(4) de la capitalisation boursière de l’indice FTSE Nareit All Equity REITs, principal indice de référence de l’immobilier coté. Selon une étude Deloitte, les actifs dits « alternatifs » incluant les segments spécialisés comme la santé devraient continuer à gagner en importance dans les portefeuilles immobiliers américains.

La transformation du secteur de la santé ne repose plus uniquement sur le vieillissement de la population. Elle s’inscrit dans une évolution bien plus large des usages, qui redéfinit progressivement les besoins en infrastructures : développement de l’ambulatoire, essor de la médecine préventive, renforcement des soins de proximité, nouvelles approches du bien-être et vision plus holistique de la santé. Ces évolutions favorisent l’émergence d’actifs plus diversifiés tels que les cliniques spécialisées, les résidences pour soignants ou encore les établissements de santé pluridisciplinaires.

L’IA accélère le traitement de la donnée sans se substituer à l’analyse humaine

L’immobilier de santé se distingue également par une particularité propre : en Europe comme aux États-Unis, près de 85%(5) des établissements sont encore détenus directement par les opérateurs de santé eux-mêmes. Le secteur demeure ainsi beaucoup moins financiarisé que les autres classes d’actifs immobiliers traditionnels, laissant entrevoir un important potentiel de transformation et de consolidation du marché, avec un gisement d’opportunités encore largement sous-exploité.

Dans ce contexte, l’identification du potentiel des actifs devient un enjeu clé. Leur performance repose sur des déterminants bien plus spécifiques que dans l’immobilier traditionnel et ne peut donc se limiter aux seuls critères de l’emplacement, de la qualité du locataire ou de la durée des baux.

Mais comment appréhender la complexité de l’immobilier de santé de manière objective et reproductible ?


En disposant de données exploitables et suffisamment granulaires pour comprendre en profondeur un actif et son environnement : organisation des systèmes de soins et de remboursement, dynamiques démographiques et épidémiologiques, prévalence des pathologies chroniques, cartographie des médecins et des réseaux de référencement.

Dans cette perspective, la donnée s’impose comme un outil d’analyse central, voire une condition préalable à une compréhension fine des marchés locaux et des usages de santé. Elle permet d’aller au-delà des fondamentaux immobiliers pour appréhender le fonctionnement global des systèmes de soins, d’anticiper leurs dynamiques complexes, d’identifier les tendances émergentes et de mieux comprendre la réalité opérationnelle des actifs. Une telle analyse suppose également de comprendre l’activité du locataire, son modèle économique, sa place dans l’écosystème de soins ainsi que les évolutions de son environnement réglementaire et tarifaire.

Cette exploitation des données est aujourd’hui renforcée par l’intelligence artificielle, qui permet d’automatiser certaines tâches d’extraction, de normalisation et de croisement d’informations. Sans se substituer à l’analyse humaine, elle contribue à accélérer le traitement des données et à restituer des analyses complexes avec une rapidité sans précèdent. La construction d’une capacité analytique en immobilier de santé ne se résume toutefois pas à l’acquisition d’outils technologiques. Elle requiert la mobilisation d’équipes pluridisciplinaires, capables de combiner expertise immobilière, compréhension des systèmes de santé et analyse des données.

(1) Site officiel du CMS (National Health Expenditure Accounts). (2) OECD Indicators, « Health at a Glance 2025 » - Novembre 2025. (3) Real Estate Investment Trust. (4) Nareit (organisme officiel du secteur REIT US) - mai 2025. (5) JLL – Healthcare Real Estate / Investment reports « 2024 Healthcare Real Estate Outlook » - Janvier 2024.